Une nouvelle médaille, malgré une finale difficile
À 41 ans, le Sud-Coréen Kim Hong-yeol, célèbre dans le monde du breaking sous le nom de Hongten, a décroché la médaille d’argent aux Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya. En finale, disputée le 3 octobre à Tokoname, il s’est incliné 0-3 face au Japonais Shigekix, âgé de 24 ans.
Cette deuxième place prolonge une série remarquable : Hongten avait remporté l’or lors des Jeux asiatiques de Hangzhou, en 2022. Il ne conserve donc pas son titre, mais devient médaillé lors de deux éditions consécutives de la compétition.
« J’avais même teint mes cheveux en blond pour attirer la chance de l’or », a-t-il confié après la finale, sans cacher sa déception.
Le breaking est une danse acrobatique née de la culture hip-hop, dans laquelle les participants enchaînent des mouvements au sol, des rotations et des figures d’équilibre au rythme de la musique. Contrairement à une discipline où les athlètes exécutent une série identique, les danseurs doivent aussi improviser et montrer leur personnalité.
Il a choisi de savourer la compétition
Hongten a reconnu que son corps ne répondait pas toujours comme il l’aurait souhaité pendant la finale. Il a plaisanté en disant qu’il aurait aimé avoir cinq ou dix ans de moins, une remarque qui prend un relief particulier dans une discipline où les rotations rapides et les figures acrobatiques sollicitent fortement le corps.
Mais le résultat n’était pas son unique objectif. « Mon premier objectif était de profiter pleinement de la compétition, et je l’ai atteint », a-t-il expliqué. Lors des Jeux de Hangzhou, il était surtout concentré sur la victoire, car le résultat comptait aussi dans la course à la qualification olympique pour Paris 2024.
Cette fois, il dit avoir davantage laissé son corps suivre le rythme. Le public a particulièrement réagi à sa prestation, et le danseur a constaté qu’il avait probablement davantage souri qu’à l’accoutumée pendant toute la compétition.
Cette différence d’état d’esprit montre aussi ce qu’une expérience de haut niveau peut apporter. Au lieu de seulement chercher à reproduire une performance passée, Hongten a pu aborder la scène comme un espace de création, en acceptant de prendre du plaisir tout en visant le meilleur résultat possible.
Une préparation minutieuse et de nouveaux mouvements
Avant les Jeux, le danseur avait suivi un programme soutenu au centre national d’entraînement de Jincheon. Ses journées combinaient des exercices de renforcement musculaire le matin, des séances de danse l’après-midi et un entraînement individuel le soir.
Il a également travaillé les détails de ses enchaînements pour proposer une prestation plus complète. Il souhaitait notamment impressionner avec le « toprock », c’est-à-dire les pas exécutés debout avant les mouvements au sol, et a ajouté de nouveaux mouvements à son répertoire.
- Renforcement physique : améliorer la puissance et la résistance nécessaires aux figures acrobatiques.
- Travail chorégraphique : affiner les transitions entre les pas debout et les mouvements au sol.
- Création de nouveaux mouvements : surprendre le public et rester compétitif face à des danseurs plus jeunes.
Ce travail illustre l’équilibre délicat auquel sont confrontés les danseurs expérimentés. Ils doivent préserver leur corps et maîtriser les bases, tout en renouvelant leur style pour éviter que leurs prestations ne deviennent prévisibles.
Apprendre des jeunes pour continuer à avancer
Hongten ne considère pas les changements de génération comme une menace. Selon lui, les jeunes danseurs font évoluer les tendances et les façons de bouger ; rester fidèle à son propre style ne signifie donc pas refuser d’apprendre.
« Il faut continuer à accueillir les tendances actuelles et à les apprendre, au lieu de s’accrocher uniquement à sa propre manière de faire. C’est même ce qui rend les choses intéressantes. »
Observer les plus jeunes est devenu l’une de ses sources de motivation. Leurs gestes, leurs idées et leur approche de la danse l’incitent à progresser, plutôt qu’à se reposer sur les succès déjà remportés.
Cette attitude aide à comprendre la longévité de Hongten dans un univers où les styles évoluent rapidement. Il ne cherche pas seulement à répéter ce qui lui a permis de gagner par le passé : il adapte sa danse et reste curieux de ce que la nouvelle génération peut lui enseigner.
Des débuts entre amis aux titres internationaux
Hongten a découvert le breaking au collège, en dansant avec ses camarades. Au départ, il s’agissait surtout d’un moyen de s’amuser ensemble, mais la danse lui a peu à peu permis de rencontrer d’autres personnes et de progresser.
En 2002, il est devenu le premier danseur sud-coréen à remporter un concours international de breaking, un succès qui l’a fait connaître dans son pays et à l’étranger. Il a ensuite gagné à trois reprises la finale du Red Bull BC One, une compétition internationale majeure de danse en solo : en 2006, en 2013 et en 2023.
Il garde un souvenir très vif de sa première victoire internationale, marquée par un sentiment d’accomplissement qu’il dit ne pas avoir oublié. Les Jeux asiatiques, eux aussi, font partie des moments importants de sa carrière, notamment parce qu’ils placent la danse sur une scène sportive suivie par un large public.
Le parcours de Hongten reflète également la transformation du breaking, longtemps pratiqué dans des cercles liés à la culture de rue avant d’être présenté dans de grandes compétitions internationales. Cette évolution offre davantage de visibilité aux danseurs, mais les oblige aussi à conjuguer expression personnelle, préparation physique et règles de compétition.
« Il n’est jamais trop tard pour commencer »
Au-delà de la médaille, Hongten souhaite que son parcours parle à celles et ceux qui renoncent avant même d’avoir essayé. À ses yeux, l’âge ou le sentiment d’être en retard ne devraient pas empêcher de se lancer dans un projet nouveau.
« Je veux montrer qu’un nouveau départ reste possible au moment même où l’on pense qu’il est trop tard. J’espère que mon défi donnera un peu de courage et d’espoir à quelqu’un. »
Il a aussi adressé un message aux personnes de sa génération, qui peuvent elles aussi traverser des périodes difficiles. Il leur a rappelé qu’il existe de bons jours, même lorsque les épreuves s’accumulent, et les a encouragées à continuer.
La danse l’a aidé à retrouver le sourire dans des moments compliqués, a-t-il raconté. Son témoignage ne présente donc pas la persévérance comme une garantie de victoire, mais comme la possibilité de continuer à trouver du sens et du plaisir dans ce que l’on fait.
Transmettre et préparer la suite
Après des années de compétition et de nombreuses distinctions, Hongten s’interroge aussi sur l’avenir du breaking en Corée du Sud. Il souhaite que la scène nationale retrouve de sa force et se dit prêt à partager son expérience avec les danseurs qui suivent ses traces.
Il espère être retenu comme un sportif qui a contribué à préserver la culture et les valeurs de cette danse, qui a pris plaisir à la pratiquer et qui a laissé une influence positive aux générations suivantes. Cette volonté de transmission prolonge son engagement au-delà de ses propres résultats.
La prochaine étape est déjà en préparation : Hongten se tourne vers les championnats nationaux. Sa médaille d’argent à Aichi-Nagoya n’est donc pas une conclusion, mais un nouveau chapitre pour un danseur qui continue à s’entraîner, à apprendre et à se produire sur scène.
Son parcours rappelle enfin que l’expérience ne remplace pas l’effort, mais peut lui donner une autre dimension. Face à des adversaires plus jeunes, il reste capable de rivaliser au plus haut niveau tout en montrant qu’on peut encore évoluer, quel que soit le moment de la vie où l’on choisit de commencer.



















