Une finale rythmée par le compte à rebours

« Cinq, quatre, trois, deux, un ! » Dans la salle, le public et le présentateur comptent ensemble avant que les scores des deux danseurs apparaissent sur l’écran. Ce moment de suspense résume l’énergie du breaking, une discipline où les artistes s’affrontent en dansant, souvent dans une ambiance qui tient autant du spectacle que de la compétition.

Aux Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya, au Japon, le Sud-Coréen Kim Hong-yeol, connu sous le nom de Hong-ten, a décroché la médaille d’argent dans l’épreuve masculine. En finale, il s’est incliné sur le score de 0 à 3 face au Japonais Shigeyuki Nakarai, surnommé Shigekix, âgé de 24 ans.

À 41 ans, Hong-ten reste au premier plan d’une discipline exigeante, où les danseurs enchaînent rotations, appuis au sol et mouvements acrobatiques.

Deux éditions consécutives sur le podium

Cette médaille prolonge une série remarquable pour le danseur sud-coréen. Lors de la précédente édition des Jeux asiatiques, organisée à Hangzhou en 2023 après son report, le breaking faisait son entrée au programme et Hong-ten avait remporté l’or.

Il ne réalise donc pas un deuxième sacre consécutif, mais il monte sur le podium pour la deuxième édition d’affilée. Pour un athlète qui affronte des concurrents souvent bien plus jeunes, cette régularité souligne aussi sa capacité à adapter son jeu et à tenir sur la durée.

  • Hangzhou, 2023 : médaille d’or, lors de la première apparition du breaking aux Jeux asiatiques.
  • Aichi-Nagoya, 2026 : médaille d’argent, après une finale contre Shigekix.
  • Bilan : deux éditions consécutives avec une médaille.

Le breaking, aussi appelé breakdance, est une danse née dans la culture hip-hop. En compétition, deux danseurs se répondent à tour de rôle avec des séquences mêlant rythme, créativité, maîtrise du corps et mouvements au sol. Comme dans une joute musicale, chacun cherche à surprendre son adversaire tout en donnant une interprétation personnelle de la musique.

Une compétition vécue autrement

Après la finale, Hong-ten a reconnu qu’il aurait aimé disposer de quelques années de moins. « Même pas dix ans, juste cinq ans de moins, et j’aurais pu tenter ma chance », a-t-il lancé avec le sourire, en évoquant son âge et les exigences physiques de l’épreuve.

Il a toutefois expliqué avoir vécu cette compétition différemment de celle de Hangzhou. La fois précédente, une place qualificative pour les Jeux olympiques était en jeu et il s’était concentré avant tout sur la victoire. À Aichi-Nagoya, fort de cette expérience, il voulait aussi se laisser porter par la musique et apprécier le moment.

« Mon premier objectif, c’était d’oublier le reste et de prendre du plaisir. Je crois que je l’ai pleinement atteint », a-t-il expliqué après l’épreuve.

Selon lui, le public a particulièrement réagi à ses passages. Les encouragements ne changent pas le résultat d’une finale, mais ils peuvent transformer la façon dont un danseur habite la scène. Cette fois, Hong-ten a voulu faire de cette énergie une partie de son expérience, plutôt que de laisser la pression dicter chacun de ses mouvements.

Un entraînement exigeant pour durer

La préparation a demandé un travail soutenu. Au centre national d’entraînement de Jincheon, en Corée du Sud, Hong-ten alternait séances de renforcement musculaire le matin et répétitions de danse l’après-midi, avant de poursuivre son entraînement personnel le soir.

Cette organisation répond à une difficulté centrale du breaking : le corps doit rester puissant et précis alors qu’il pivote, se renverse et s’appuie fréquemment sur les mains ou les épaules. Pour un danseur de 41 ans, gérer la fatigue et préserver sa condition physique devient une part essentielle de la préparation, au même titre que la création de nouveaux enchaînements.

La régularité compte aussi parce que la discipline combine plusieurs qualités. Un danseur peut, par exemple, impressionner par un mouvement spectaculaire, mais doit également garder le rythme, contrôler ses appuis et montrer une personnalité reconnaissable. La difficulté n’est donc pas seulement de réaliser une figure, mais de l’intégrer à une prestation cohérente et convaincante.

Une carrière bâtie sur l’apprentissage

Hong-ten a commencé à danser au collège, en retrouvant des amis pour pratiquer. Au départ, le breaking était surtout une activité partagée entre jeunes. Peu à peu, il est devenu une manière de rencontrer d’autres personnes, de progresser et de construire une vie autour de la danse.

Il s’est fait connaître à l’international en remportant un tournoi mondial en 2002, devenant le premier Sud-Coréen à s’imposer dans une compétition de ce niveau. Il a aussi gagné à trois reprises la finale de Red Bull BC One, l’un des tournois les plus réputés du breaking : en 2006, 2013 et 2023.

« Je n’ai jamais oublié l’émotion et le sentiment d’accomplissement de ma première victoire mondiale, en 2002. Participer aux Jeux asiatiques restera également un souvenir inoubliable », a-t-il dit.

Ces succès s’étendent sur plus de vingt ans, mais Hong-ten ne présente pas son expérience comme une raison de s’en tenir à une formule ancienne. Il explique que les générations se succèdent et que les tendances évoluent, notamment sous l’influence des jeunes danseurs. Continuer à observer leurs façons de bouger et à apprendre de nouvelles approches nourrit, selon lui, sa motivation.

Un message pour celles et ceux qui pensent qu’il est trop tard

Dans un sport où la vitesse et la puissance sont particulièrement visibles, la présence durable de Hong-ten peut encourager celles et ceux qui hésitent à commencer un projet tardivement. Il dit vouloir montrer qu’une nouvelle étape reste possible au moment même où l’on se persuade parfois que l’occasion est passée.

Son message ne concerne pas seulement les sportifs. Apprendre une nouvelle activité, reprendre des études ou changer de voie professionnelle peut aussi sembler difficile avec l’âge. Le parcours de Hong-ten ne promet pas que tous les défis aboutissent à une médaille, mais il rappelle qu’on peut continuer à progresser en restant curieux et en acceptant de se transformer.

  • Ne pas s’enfermer dans ses habitudes : Hong-ten dit avoir intégré les évolutions du breaking plutôt que d’imposer uniquement son propre style.
  • Faire de l’expérience une ressource : sa connaissance des grandes compétitions l’a aidé à aborder cette édition avec davantage de recul.
  • Garder le plaisir au cœur de l’effort : il voulait profiter de la scène, même si la finale ne s’est pas terminée par une nouvelle médaille d’or.

Une médaille d’argent, et le sourire au bout de la danse

Avant la compétition, Hong-ten s’était même teint les cheveux en blond, espérant attirer la « chance de l’or ». Il n’a finalement pas remporté le titre, mais il a vécu la finale comme une occasion de transmettre de l’énergie au public et de retrouver le plaisir de danser.

Il a raconté que les moments difficiles de sa vie avaient souvent été suivis d’un retour au sourire grâce à la danse. À Aichi-Nagoya, l’argent ne remplace pas l’or de Hangzhou, mais il confirme une autre réussite : celle d’un athlète qui continue à apprendre, à concourir et à faire vibrer le public après des décennies de carrière.

Hong-ten espère que les spectateurs pourront, en regardant le breaking, sourire ne serait-ce qu’un instant et retrouver un peu d’énergie. Son résultat est une médaille ; son parcours, lui, témoigne d’une ambition qui ne s’arrête pas au métal décroché.